Vivre avec un chien réactif : quelles sont les priorités ?

La vie avec un chien réactif, on va se le dire, ce n’est pas tous les jours reposant. Il y a tellement de petits détails à prendre en compte, on ne sait plus où donner de la tête. Les entraînements, la visite, les critiques de la famille, les régressions… et j’en passe.

Alors par où on commence ? Je vais vous donner ma réponse, celle que je donne à mes clients, et que je vous encourage à utiliser comme base de réflexion. Bien sûr, chaque personne et chaque famille finit par faire « sa sauce », mais les grandes lignes sont souvent les mêmes. Cependant, cet article n’a pas pour but de vous dire comment entraîner votre chien réactif ! C’est important de vous faire encadrer par un éducateur qualifié pour avoir un plan de travail adapté à votre situation.

Attention ! Cet article va mentionner des sujets moins joyeux qui viennent parfois avec l’entraînement et la réactivité : fatigue, frustration, découragement, deuil. Si ces sujets sont des déclencheurs pour vous, je vous encourage à ne pas aller plus loin dans cet article et à passer au suivant pour préserver votre paix d’esprit. Si vous avez des questions à ce sujet, je vous encourage à nous les envoyer par courriel.

D’abord, avant de rentrer dans le sujet, je voulais vous expliquer un peu plus comment j’en suis arrivée à réfléchir à tout ça, et comment j’en suis arrivée à cette liste.

Figurez-vous que j’ai commencé ma carrière grâce à mon premier chien. Ou à cause de lui, selon comment on le voit ! J’ai adopté mon Border Collie à 2 mois lorsque j’avais 20 ans. J’ai fait littéralement toutes les erreurs auxquelles vous pouvez penser qui l’ont amené à être l’un des chiens les plus réactifs que j’ai connu. Oui oui, toutes. Je l’ai pris d’un endroit inapproprié, je l’ai choisi sur des critères inappropriés. J’ai ignoré les 750 red flags dans son comportement et ceux de ses parents… la totale.

Une fois ses peurs bien ancrées, et une fois ma période de déni passée, on a commencé l’entraînement.

On a eu des hauts et des bas, engagé des éducateurs plus ou moins (beaucoup de moins) compétents. Finalement je suis devenue éducatrice à mon tour. C’est là qu’on a vraiment commencé à progresser sur sa peur des inconnus. Et on a continué à travailler là-dessus tout le reste de sa vie. Il s’appelait Nanaki.

Au travers de ça, j’ai aussi adopté mon autre chienne : une Berger Allemand de 5 ans. Elle était un peu réactive aux chiens au début. Beaucoup de frustrations et très vocale, ça fait un chien qui s’exprime fort pour beaucoup de choses ! Mais ça s’est vite résorbé, et elle est vite devenue très tranquille. Elle s’appelait Shelby.

Où est-ce que je m’en vais avec ça ? C’est assez triste, mais ces deux chiens sont maintenant décédés. Et avec le recul, la seule question que je trouve importante aujourd’hui c’est : comment a été notre vie ensemble ? Pas « Où s’est rendu notre entraînement ? » . Pas « A-t-on bien performé dans le sport que je rêvais de faire avec mon chien ? ». En vrai, pardonnez mon Français, mais tout ça on s’en fout. Et si je suis bien honnête, je pense que j’aurais fait des choix différents si j’avais pensé à ça à l’époque.

Mon but est donc de vous éviter de passer par les mêmes erreurs que j’ai faites, pour profiter pleinement de la vie avec votre chien. Parce que réactif ou pas, au final tout ce qu’on veut c’est une belle vie avec son chien.

Priorité #1 avec un chien réactif : la sécurité

Il y a 3 aspects que je considère quand je parle de sécurité.

La sécurité du public

Premièrement, que notre chien soit réactif aux inconnus, aux autres chiens, aux vélos, … c’est notre responsabilité qu’il ne mette personne en danger. S’il y a une phrase qui m’inquiète chaque fois que je l’entends, c’est « Je ne pense vraiment pas qu’il mordrait ! ». Devinez-quoi ? La plupart des familles de chiens réactifs qui ont mordu me disent « Je n’aurais jamais cru qu’il mordrait, d’habitude il jappe seulement ! ». Alors mon conseil : même si c’est déplaisant à imaginer, souvenez-vous que n’importe quel chien peut mordre si on le pousse à sa limite.

Si vous pensez que votre chien est potentiellement dangereux pour les gens ou les chiens autour lorsque vous êtes en public, n’hésitez pas à l’entraîner à porter une muselière ! Ça a aussi un effet secondaire merveilleux : les gens vous donneront beaucoup plus de distance pour travailler.

La sécurité de la famille

Entraîner son chien réactif, ça peut parfois nous mettre en danger. On a beau essayer de rester sous leur seuil de tolérance le plus possible, les accidents peuvent arriver. Lorsqu’on se prépare à entraîner, il y a deux aspect à prendre en compte :

  • Est-ce que le chien a tendance à rediriger (mordre la cible la plus proche de lui, même si ce n’était pas son déclencheur) ? Si oui, vous pouvez aussi entraîner une muselière par mesure de sécurité.
  • Est-ce que le chien peut vous blesser s’il tire ou charge son déclencheur ? Si oui, pensez à vous équiper adéquatement : de bons souliers (et des crampons en hiver !), un harnais à deux attaches et une laisse à double attache, une ceinture de sport paddée sur les hanches, … Les options sont nombreuses afin de vous protéger des chocs, et d’éviter de perdre une épaule à chaque réaction. Attention : il n’est pas nécessaire ni utile d’utiliser un collier aversif pour mieux contrôler les réactions de votre chien. Vous allez simplement le blesser lui aussi, et probablement rendre son association au déclencheur encore moins bonne.

La sécurité du chien lui-même

Et oui, nos adorables chiens-fous sont aussi à risque de se blesser eux-mêmes. Là encore, il faudra adapter leur équipement afin de le rendre sécuritaire. On recommande généralement l’utilisation d’un harnais ergonomique. Mon favori est le Momentum de RC Pet, car je recherche deux critères : mon chien ne se blessera pas s’il tombe en réaction, et mon chien ne peut pas en sortir s’il panique. Et oui, la sécurité c’est aussi de ne pas perdre son chien en plein centre ville parce qu’il a réagit à un gros bruit.

Priorité #2 avec un chien réactif : la qualité de vie

Maintenant que tout le monde est en sécurité, on va aller chercher notre 2e objectif : une belle vie. Pour la famille, et pour le chien.

Attention, c’est là que ça devient important de « choisir ses batailles » en entraînement : une bonne qualité de vie représente une routine complètement différente d’une personne à une autre, et d’un chien à l’autre. Par exemple : une personne qui se couche tard en général et qui n’a donc aucun problème à promener le chien à minuit pour avoir la paix n’a aucunement besoin de pratiquer jusqu’à pouvoir se promener sans réaction dans le « rush de chiens » de 7h30 le matin ! De la même façon, pour un chien qui n’a qu’une mini promenade le matin pour éviter les problèmes, mais qui est bien content de se recoucher jusqu’à midi : on ne change rien ! Si ça fonctionne pour vous deux, on ne touche à rien ! Réfléchissez à ce qui est important pour vous, pas à ce que « un chien devrait pouvoir faire normalement ».

Qualité de vie de la famille

La question que je me pose est toute simple, mais peut faire mal : est-ce que votre vie quotidienne est améliorée par la présence de votre chien ? Bien sur, ce n’est pas rose tous les jours : c’est normal. On peut se poser la question avec une moyenne sur la semaine dans les moments plus compliqués. Mais il est important de garder ça en tête : si avoir un chien pour vous représente plus de moments compliqués que de moments fun, il y a quelque chose à changer dans la balance.

Comme la notion de bonheur chez l’humain est un peu moins ma tasse de thé, je vais simplement vous donner ce petit conseil. Faites une liste de tous les moments déplaisants qui concernent votre chien. Remettez cette liste en perspective avec les priorités dont on parle ici : qu’est-ce qui est un problème pour la sécurité, ou pour la qualité de vie. Qu’est-ce que qui peut être remplacé par une alternative ?

Petit à petit, favorisez les activités plaisantes plutôt que les problématiques afin de rétablir un équilibre raisonnable. Vous allez peut-être vous sentir égoïste. Après tout le chien ne le fait pas exprès, et puis ça n’adresse pas le problème… oui mais non. Croyez-moi, vous allez pouvoir procurer une vie et un entraînement de qualité bien meilleure si votre propre quotidien avec votre chien est majoritairement plaisant.

Qualité de vie du chien réactif

Dans les besoins de base, on a bien sur les évidences de manger, être en bonne santé, avoir accès à de l’eau, etc. Mais au niveau du bien être mental du chien, je vise toujours les mêmes 4 besoins principaux :

L’exercice physique :

Un gros sujet sensible pour moi. J’ai vu des centaines de fois, en personne ou sur internet, des gens se faire accuser de ne pas assez faire bouger leur chien. Se faire dire que c’était la cause de tous leurs problèmes, qu’ils ne méritaient pas leur chien, qu’ils avaient causé le réchauffement climatique … bref, des horreurs. Et ça m’énerve pour deux raisons :

  1. 90% du temps la quantité d’exercice quotidienne des chiens que je rencontre n’a aucun rapport avec leur comportement indésirable.
  2. 90% du temps, la famille aimerait pouvoir en faire plus avec le chien, mais ils n’y arrivent pas PARCE QU’IL EST RÉACTIF. Se forcer à marcher 1 heure de plus par jour avec un chien qui vous déboîte l’épaule à chaque auto, même avec la meilleure volonté du monde, c’est juste … non.


Alors qu’est-ce qu’on fait avec ça ? On se trouve des alternatives qui comblent le besoin en protégeant l’entraînement (et nos épaules) ! Il existe une multitude de sports qui sont demandant physiquement et qui sont plus faciles à gérer qu’une promenade en ville pour un chien réactif.

Avec un chien réactif, on peut par exemple :
  • Courir en canicross : un sport de traction qui engage le corps du chien au complet. Je connais beaucoup de gens qui limitent leurs marches en ville mais vont courir dans le parc du coin un peu tous les soirs. Si vous n’êtes pas trop surs de comment commencer, n’hésitez pas à nous demander !
  • Apprendre des exercices de fitness canin : l’équivalent de l’entraînement au gym pour les chiens. C’est important de faire les mouvements comme il faut pour ne pas causer de blessures, mais c’est très facile de trouver des cours en ligne ou de consulter en visio dans cette discipline, donc pas besoin de mettre votre chien en réaction dans un cours de groupe !
  • Intégrer des séances de jeu à votre routine régulière. Le jeu du Tug (ou Tir à la corde) est mon favori car il fatigue le chien tout en travaillant son autocontrôle et son engagement avec nous !
  • Pour les plus chanceux qui ont accès à des environnements particuliers, vous pouvez remplacer 30 minutes de marche par 10 minutes de nage, de course au leurre ou après la balle dans votre cour, ou de marche en longe ou sans laisse dans le bois (lorsque c’est permis et sécuritaire, bien sur).

Une dernière chose à garder en tête : la promenade, ce n’est pas tellement une source d’activité physique, quand on y pense. Si notre but en promenade était vraiment de faire bouger le chien, on aurait tous des tapis roulants pour ne pas avoir à sortir l’hiver. La promenade, c’est un grande source d’enrichissement mental, notamment grâce aux odeurs, ce qui nous amène à notre 2e besoin.

L’exercice mental :

Pour les options les plus classiques et faciles à mettre en place, je vous invite à lire notre article sur la stimulation mentale. Pour les chiens qui ne sont pas en état de passer beaucoup de temps en extérieur, notez qu’il existe beaucoup de cours en ligne d’initiation à des sports canins : la détection d’odeur, l’obéissance, les tours, le freestyle … Vous pouvez commencer toutes ses activités dans votre salon !

La mastication :

L’action de gruger, d’utiliser les muscles de la mâchoire, est essentielle pour le chien en général. Mais pour nos réactifs, il y a un avantage non-négligeable : la mastication a un effet sur la gestion du stress (au niveau hormonal) dans le système du chien. C’est pour ça que je recommande toujours 30 minutes à 1 heure de mastication chaque jour pour un chien réactif. Attention, je ne dis pas que le chien est devenu réactif parce qu’il ne grugeait pas assez ! Par contre, la mastication est liée à la libération d’endorphines dans le cerveau : votre chien s’auto-médicamente littéralement lorsqu’il utilise ses dents. Il s’auto-relaxe. On ne peut pas passer à côté d’un tel avantage !

Les interactions sociales :

Le chien est un animal social, et il important de s’en souvenir. Si votre chien a des amis chiens, n’oubliez pas d’organiser des play-dates régulièrement pour lui. Si votre chien a peur des autres chiens, vous devenez son « ami » principal obligatoirement. Ça parait évident, mais attendez un peu que ça imprime. Présentement, vous êtes le promeneur, le tuteur légal, et l’entraîneur de votre chien. Est-ce que vous accordez autant d’importance à jouer, pour rien, sans pression de performance ou d’amélioration, juste pour être stupide ensemble ? Si oui, tant mieux pour vous deux, c’est parfait. Mais malheureusement, quand on commence l’entraînement, cet aspect de la relation a tendance à être mis au second plan. On se dit que c’est plaisant mais « ça ne sert à rien ». Et bien détrompez-vous, c’est en fait essentiel.

Pour apprendre à bien jouer avec votre chien, ou à engager/stopper le jeu avec un chien plus sensible, je vous recommande de suivre la formation sur le Play Way de Amy Cook, Ph.D. En résumé, le chien a la réputation d’être le meilleur ami de l’Homme : notre but est de rester le meilleur ami de notre chien malgré tout le reste.

Priorité #… stop. Attendez une seconde.

Je veux que vous preniez le temps, à ce point, pour réfléchir. Vous avez mis en place une structure de gestion/entraînement qui vous permet de remplir les deux critères précédents ? Dans ce cas, j’ai une bonne nouvelle pour vous : vous avez le droit d’arrêter de travailler. Oui oui. Si tout est sécuritaire, que vous et votre chien êtes heureux : c’est assez. Est-ce que vous pouvez viser plus ? Bien sur. Est-ce que c’est essentiel ? Absolument pas.

Reprenez votre liste des comportements indésirables. Vous pouvez cocher les lignes où le comportement est sous contrôle : sécuritaire et plus un problème qui ruine votre quotidien et/ou celui de votre chien.

Ce qu’il reste, c’est ce que je vous recommande de travailler. Le reste est sous contrôle. Le reste va bien. Ne vous acharnez pas avec l’idéal d’un chien qui « devrait pouvoir faire ci pis ça ». Votre chien est sécuritaire, et vous êtes heureux ensemble ? Vous avez gagné.

Priorité #3 avec un chien réactif : les objectifs-idéaux

Lorsque tout va bien, et qu’on veut pousser un peu plus loin, on peut commencer à réfléchir à ce qu’on rêverait de faire avec notre chien. Mon conseil, c’est d’aborder ces entraînements avec une attitude de « si oui tant mieux, si non tant pis ». Par exemple, avec mon Border, je rêvais (quelle surprise) de faire de l’agilité. On a fait le cours de groupe d’introduction, il a été bon mais clairement pas assez à l’aise pour s’amuser. Tant pis, ce n’était finalement pas pour nous, on passe au prochain appel.

Si vous souhaitez relever ce genre de défi, je pense que ces critères sont indispensables :

  • La sécurité de tous sera respectée.
  • Les personnes sur place seront aux courant des enjeux de votre chien. Elles acceptent de respecter ses limites lors de l’activité, et de stopper à votre demande.
  • Les personnes vous invitent à parler de votre chien pour mieux interagir et vous coacher. Elles ne vous prennent pas de haut en prétendant tout savoir sur tous les chiens réactifs du monde. Et elles ne vous culpabilisent pas.

Un exemple positif pour moi, c’est mon club de canicross.

C’est un club dans lequel mon Border a pu s’entraîner en groupe, parce que tout le monde a immédiatement respecté ma requête de nous parler de loin. Ma Berger Allemand a énormément progressé grâce à ces entraînements, car on nous a laissé le temps et l’espace de calmer ses grosses émotions. Et même aujourd’hui, mon chien « réactif asymptomatique » se fait respecter car même s’il ne montre aucun signe de stress, on me donne de l’espace et on me croit sur parole si je dis qu’il en a besoin. Peu importe l’activité que vous souhaitez entreprendre, votre job est d’exiger ce niveau de respect des limites de votre chien.

Un exemple négatif pour moi, c’est les party de famille.

Mes décisions n’ont pas été respectées, mon chien a été mis en réaction. Malgré que rien de terrible ne soit arrivé, j’ai ensuite pris la décision de ne plus organiser de rassemblements de famille chez moi à moins que mon chien se fasse garder ailleurs. Et pour les critiques et opinions des gens : j’ai choisi de ne pas engager et simplement parler d’autre chose jusqu’à ce que le sujet soit abandonné. C’est important de nous protéger nous-même dans tout ça.

Crédit photo : Daniel T photo

Pour conclure, comment on s’organise ?

Au final, c’est plus simple qu’on pensait ! En premier, on rend la situation sécuritaire : notre chien est réactif, mais pas dangereux. Ca passe généralement beaucoup par des changements de routine et d’équipement. Ensuite, on rend la vie plaisante pour la famille et le chien. Là, on va vouloir utiliser un mix d’adaptation de la routine, de gestion des situations, et d’entraînement. Et enfin, seulement si on le veut et quand on a assez d’énergie, on peut s’essayer sur nos objectifs-idéaux. Au final, le chien et la famille sont bien heureux sans les atteindre, ils sont juste là en bonus potentiels.

Je vous demande de bien vous souvenir de ça : mettez toute votre énergie sur vos deux premiers objectifs. La vie de nos chiens est beaucoup trop courte pour viser des buts qui ne rendent personne content ! C’est terrible à dire, mais un jour vos chien seront partis comme les miens, et ils vous manqueront. Pour vous consoler, vous savez ce que vous allez faire ? Surprise surprise: ce ne sera pas de regarder vos vieux plans d’entraînement de réactivité. Ce ne sera pas de relire les courriels avec votre entraîneur.e.

Moi, je regarde les photos de nos weekends en camping. Je regarde les vidéos des tours ridicules qu’ils ont appris dans mon salon, et toutes les fois où ils n’avaient pas compris et ont fait n’importe quoi. Je me souviens des centaines de frites partagées, des câlins, des journées off en road trips pour aller marcher quelque part plus calme pour une fois. Et la seule chose qui me fait sourire c’est que dans ces moments là, on était bien ensemble. C’est comme ça que je définis mes priorités maintenant.

rédigé par Nina Esmery, CTC

Mis à jour le 1 janvier, 2024

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