Les demandes d’attention : la politesse chez le chiot

Les demandes d’attention chez le chiot, c’est à la fois le comportement le plus normal et le plus tannant, selon moi. Pourquoi ça ? Parce que, la plupart du temps, l’action que le chiot utilise pour sa demande est irritante : japper, mordiller, gruger les meubles … Je comprends bien que tu aies envie de jouer, mais est-ce vraiment nécessaire de me hurler après pour me le dire ? La réponse est non, et une chance sinon je pense que beaucoup d’entre nous auraient fait une croix sur les chiens ! Voici comment entraîner les demandes d’attention, pour que votre chiot sache exprimer ses besoins par des comportements qui vous conviennent.

Les demandes d’attention sont un comportement normal

Alors bien sur, on parle d’un bébé animal. Il est tout à fait naturel que le chiot ait besoin qu’on s’occupe de lui. En plus, on parle d’une espèce qu’on a sélectionné pour sa capacité à créer des liens avec les humains. Clairement, les chiots vont rechercher le contact avec nous… et c’est pleinement notre responsabilité.

Les chiens vont continuer à vouloir notre attention tout au long de leur vie, et on ne peut en aucun cas leur reprocher. C’est pour cette raison qu’on n’essaie pas de supprimer, ou éteindre, les demandes d’attention. Vous imaginez une vie où votre chien n’essaie jamais de vous parler ?! Ce qu’on veut, c’est transformer les demandes d’attention irritantes en demandes «polies». Concrètement, on va apprendre à nos chiens un «S’il te plaît» !

Attention, petit rappel : les chiens n’ont pas de notion de bien/mal, et encore moins de poli/malpoli ! Par contre, ils ont une fantastique capacité à se souvenir de ce qui est utile/inutile pour eux. C’est comme ça qu’on va pouvoir modifier ce comportement.

Un chiot Berger Belge gruge un coin de table.
Image de Mariusz sur Pixabay

Comment entraîner les demandes d’attention ?

Ce protocole d’entraînement va se dérouler en trois phases. Elles viennent l’une après l’autre, et il est important que vous preniez le temps de compléter chaque phase avant de passer à la suivante ! Mieux vaut prendre le temps et avoir des résultats à long terme que de devoir tout recommencer 4 fois par année !

Phase 1 : la préparation du plan d’entraînement

Si vous pensiez que j’allais vous faire commencer un entraînement sans une phase de réflexion avant, c’est mal me connaître.

Je veux que vous définissiez plusieurs choses avant qu’on attaque :

  • Quel(s) comportement voulez-vous remplacer : jappements, sauts, grattements de la porte, mordillements des mains ? Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse : c’est complètement votre choix. Certaines familles sont ok avec les grattements, d’autres non. Certaines personnes sont sensibles aux jappements, d’autres sont ok pour un jappe court pas trop fort. Faites une liste, avec toute la famille, de ce qu’on garde et ce qu’on change. Une fois qu’on commence l’entraînement il faudra être cohérents avec vos choix.
  • Dans quelle(s) situation(s) ces comportements se produisent ? Les plus communes sont : pour du jeu, pour de l’affection, et pour de la nourriture. Si votre chien fait aussi des demandes pour la porte, pour de l’aide avec son jouet pris sous le divan, ou tout autre situation plus spécifique, il faudra aussi le mettre sur la liste.
  • Et enfin, le point le plus important : quel(s) comportement(s) voulez-vous que votre chien utilise à la place ? Ça peut être un seul comportement : beaucoup de gens apprennent à leur chien un Assis pour tout, et se servent du contexte pour comprendre ce que le chien veut. D’autres aiment avoir une action par besoin : Assis pour les câlins, Apporte un jouet pour le jeu, Tapis pour manger, etc. Encore une fois, c’est 100% votre choix. Néanmoins, si c’est votre premier chiot ou que vous êtes un peu débordés, je vous conseille d’aller avec la stratégie du comportement-qui-marche-pour-tout.

Vous avez donc maintenant 3 listes.

En prenant un item de chaque liste, on arrive à une équation comme celle-ci :

Comportement indésirable, dans la situation X → Sera modifié en → Comportement ciblé, dans la situation X

Par exemple, si j’ai un chiot qui mordille mes mains pour jouer, qui jappe pour avoir son kong, et qui saute pour me dire bonjour. Avec mes critères personnels, ça me donne :

Mordille mes mains, pour jouer → Sera modifié en → M’amène son toutou, pour jouer
Jappe, pour avoir son kong → Sera modifié en → Va sur son tapis (silencieusement, ou scille au maximum car je suis ok avec ça), pour avoir son kong
Saute, pour me dire bonjour → Sera modifié en → Tourne dans mes jambes, s’assoit ou piétine devant moi, pour me dire bonjour

Je vous encourage à les écrire et les afficher en évidence pendant la période d’entraînement, pour deux raisons :

  • Toute la famille l’a sous les yeux, sans doute possible sur ce qui a été décidé.
  • Dans l’action, on réfléchit moins bien, et on accède moins facilement à notre mémoire. Un mémo visuel est donc un super outil pour contrer cet effet.

Une fois ces décisions prises, vous êtes prêts pour la phase 2 du protocole.

Phase 2 : apprendre le comportement ciblé

Revenons sur mon exemple du «S’il te plaît». Si je m’attends à l’entendre de la part d’un enfant qui ne sait pas le prononcer, qui ne l’a jamais entendu ou qui ne comprend pas ce que ça veut dire… je vais attendre longtemps.

C’est pareil pour votre chiot : pour l’instant il n’a aucune idée que Assis communique son envie de câlin, et il ne sait même pas rapporter les jouets. Je dois donc lui apprendre avant d’attendre ces réflexes de sa part.

L’apprentissage proactif

Quand votre chiot arrive vers vous et que son intention est claire : il a la démarche d’un chiot qui veut jouer, ou vient se coller, ou bien il a entendu un sac de gâteries s’ouvrir. Avant qu’il n’ait le temps de faire le comportement indésirable, coupez-le dans son élan et demandez-lui le comportement ciblé !

S’il ne sait pas le faire, on peut accepter toute approximation de ce qu’on veut. Par exemple, si mon chien joueur s’approche en trottinant, et que je lui dis «Minou va chercher ton jouet!» en pointant sa corde, je vais commencer à jouer dès qu’il renifle la corde. À force de répéter cette séquence, il va s’habituer à la mordre, puis à m’approcher avec la corde.

On va ensuite récompenser par ce que le chiot recherchait : le jeu, des caresses, une gâterie, … Si vous souhaitez que cet apprentissage avance vite, assurez-vous de récompenser 100% du temps.

L’apprentissage réactif

Je ne l’ai pas vu arriver, et je remarque la présence du chiot lorsqu’il plante ses dents dans mes chaussettes. (On remercie collectivement Ori pour cette histoire vraie…)

Comme on n’est qu’en Phase 2, on va aider le chiot à convertir sa demande agaçante en demande polie. On peut utiliser un Interrupteur positif pour faire stopper le mordillement, puis demander le comportement ciblé. Dans notre exemple, ça donnera :

Mordillements → Touch → Le chiot s’éloigne de ma chaussette → «Prend ton jouet!» → Le chiot engage avec son jouet → Je le récompense par le jeu.

Attention, il est important de ne pas amener le jouet au chiot vous-même lorsqu’il vous mordille ! Le chiot apprendrait que chaque fois qu’il mordille, on lui offre de jouer. Il va donc naïvement considérer que c’est la façon de demander la plus efficace. Et il aurait raison.

Ce qu’on veut, c’est qu’il interrompe son comportement indésirable et nous offre le comportement ciblé : ça, c’est récompensé !

Pourquoi je ne conseille pas de quitter la pièce automatiquement si le chiot est «impoli» en Phase 2 ?

Le chiot ne sait pas encore ce qu’il aurait pu faire d’autre. Donc on lui donne l’information sur ce qui ne fonctionne pas, mais on ne lui dit pas plus ce qui fonctionne. Ce qui veut dire que la seule façon pour qu’il apprenne ce qui fonctionne, c’est notre entraînement proactif.

Malheureusement, c’est beaucoup plus fréquent de remarquer les demandes d’attention une fois qu’elles sont en cours, que d’avance. On a tous une vie occupée, on ne passe pas la journée à fixer nos chiots pour attraper leur prochaine demande d’attention au vol!

Se passer de l’entraînement réactif rend donc le processus beaucoup plus contraignant, et plus long.

Pensez-y une seconde : quand un jeune enfant oublie le «S’il-te-plait», on ne jette pas sa barre tendre dans la poubelle. On lui demande simplement de l’ajouter à sa phrase, et ensuite on lui donne.

Chiot Shiba Inu qui mord un jouet en corde.
Photo de Kobi Kadosh sur Unsplash

Combien de temps dois-je rester dans la Phase 2 ?

À force de pratiquer ces deux angles d’apprentissage, votre chiot va commencer à vous donner la «bonne réponse» du premier coup de temps en temps. Puis de plus en plus souvent. Ce sera graduel: ne vous attendez pas à ce que le problème soit réglé parce qu’il s’est souvenu de s’asseoir une fois !

Lorsque votre chiot fait sa demande avec le comportement ciblé plus de 50% du temps, vous êtes prêts pour la Phase 3 !

Phase 3 : éteindre le comportement indésirable

Notre chiot nous a prouvé, par ses actions, qu’il connaît et sait utiliser le comportement ciblé. Il est temps de lui apprendre que le comportement indésirable n’est plus du tout une option. Nous allons donc commencer à attacher une conséquence au comportement indésirable.

Attention, n’allez pas crier sur votre chiot ou vous embarquer avec des outils aversifs! Quand je parle de conséquence, je vise la déception, la perte de l’opportunité de gagner. En phase 2, je te donnais un indice pour que tu puisse avoir ta barre tendre ; en Phase 3, tu la perds.

Vous allez donc simplement refuser la demande de votre chiot si elle est faite avec le comportement indésirable. S’il saute, on s’en va et il n’aura pas son bonjour. Et s’il mordille, il n’a plus accès à nous et on ne jouera pas. Oh et si il jappe, on remet le sac de gâteries dans le placard.

Votre chiot va petit à petit arrêter d’essayer de demander de cette façon. Il va se rabattre sur autre chose qu’il connaît, et qu’il sait pertinemment qui fonctionne : le comportement ciblé.

Que faire si je n’ai pas le temps de répondre à la demande, même si elle est faite poliment ?

Une fois votre entraînement terminé, on va pouvoir commencer à intégrer le «Merci, mais non merci.»

Premièrement, assurez-vous que les besoins de base et physiologiques de votre chiot sont remplis. S’il a faim, soif, envie de pipi, ou besoin de bouger : votre rôle de gardien est de vous assurer que ces cases soient cochées pour garder votre chiot en bonne santé physique et mentale.

Ensuite, si votre chiot a une envie mais que vous le moment ne fonctionne pas pour vous, vous pouvez déléguez à un jouet interactif! Une balle distributrice de croquettes compense pour une séance de jeu, un jouet congelé compense pour une séance d’entraînement, etc. Si vous souhaitez vous épargner les demandes, intégrez ces activités dans la routine de votre chiot. Pour des conseils sur les jouets interactifs, la Boutique Pawse à Montréal est ma préférée.

Avec le temps, la pratique, et votre chiot qui grandit, vous aurez de plus en plus la possibilité de dire «Je te vois Minou mais c’est pas encore l’heure, va au Tapis.».

Alors armez-vous de patience et commencez à pratiquer !

Si votre chiot est rendu un Machiavel des demandes d’attention, ou que vous ne savez pas comment apprendre le comportement ciblé de votre choix, contactez-nous pour de l’aide.

écrit par Nina Esmery, CTC

Mis à jour le 2 avril, 2024