Vous savez mieux qu’internet : l’histoire de mon élève

Je me suis fait une réflexion récemment, parce qu’une de mes élèves m’a écrit avec une question.

Elle avait vu une vidéo sur Instagram d’un chien qui se fait entraîner. Le texte de la vidéo : un gros paragraphe sur «apprendre de meilleurs réflexes» au chien, avec plein de jolis mots flashy qui impressionnent comme «organic reward», «healthy coping mechanisms». Honnêtement, à lire juste le texte j’étais pas mal d’accord : on veut que vos chiens sachent gérer les situations déplaisantes sans exploser, en attendant d’apprendre à les apprécier. C’est littéralement ce que je vous montre dans le cours de groupe de Réactivité.

Sauf que dans la vidéo (que je ne vous montrerai pas, parce que ark), le chien se fait pendre par sa laisse/collier dès qu’il réagit. On repassera donc pour le «healthy», tant qu’à moi. Sans entrer dans le détail, le phénomène utilisé est appelée Renforcement Négatif (points bonus pour ceux qui peuvent me le décrire ?), et le chien tombe en impuissance acquise. Le chien apprend à ne plus espérer s’en sortir en se débattant, et abandonne. C’est nuisible et dangereux pour un bon nombre de raisons, mais ce n’est pas mon point ici.

Mon élève me demande donc : «Est-ce que c’est une bonne idée, d’apprendre au chien à s’enfuir au lieu de charger dans une situation stressante ?»

Et dans l’idée, oui. C’est ce qu’on fait en cours, leur apprendre à ignorer, à passer à autre chose. À se tourner vers nous pour de l’aide ou de l’espace. Mais ce n’est pas ce qui était montré dans cette vidéo. Parce que sur les réseaux sociaux, on peut coller un joli texte avec une vidéo de torture : il n’y a aucun «contrôle de qualité» du contenu qui existe. Et parce que notre métier n’est pas du tout réglementé : légalement vous êtes autant des Maître-Chien-Spécialiste-Comportementaliste-Expert que moi.

Votre seule protection, en tant que consommateurs, c’est votre sens critique. C’est la ptite voix dans votre tête qui vous dit que quelque chose sent le sapin. C’est ce que m’a répondu mon élève : «Ça fait du sens, je trouvais aussi qu’il y avait quelque chose qui clochait dans cette technique mais je savais pas exactement pourquoi!»

Nina avec ses chiens Nanaki et Shelby. Nanaki est mal à l'aise et Nina le rassure.
Nanaki et Shelby, mes premiers chiens. Crédit photo : Chantal Levesque photo

Je ne compte plus le nombre de personnes qui m’ont dit à la première rencontre «On trouvait ça étrange, mais le vet/entraîneur/voisin/etc nous a dit que c’était la seule/bonne façon de faire, alors on a appliqué ça un temps.» Et qui regrettent, qui ont abîmé la relation avec leur chien. Et surtout qui ont créé ou creusé un peu plus leur problème. Vous savez quoi ? J’ai fait la même chose, avec mon premier chien. J’ai écouté des gens parce qu’ils se sont créé une position d’autorité sur moi sur ce sujet, et j’ai appliqué des techniques que je trouvais aberrantes. Et bien sur, amèrement regretté.

Alors mon conseil du jour, en éducation canine, c’est ça : écoutez votre instinct.

Si quelque chose vous semble bizarre, violent, absurde, ça l’est probablement. Vous n’êtes pas experts, et les gens dans les vidéos se disent qu’ils le sont. Mais vous connaissez votre chien, et la relation que vous visez avec lui. Faites-vous confiance, et osez dire non. Même à moi, en fait surtout à moi ! Un entraîneur qui comprend ces techniques devrait être capable de vous les décortiquer. Et honnêtement si après ça vous n’en voulez pas vous avez bien le droit !

Vous voulez apprendre à votre chien à se sentir plus à l’aise ? Vous êtes sa première ligne de défense. Avant même de sortir de chez vous, dans le choix de vos techniques et stratégies. N’hésitez jamais à mettre votre pied à terre, c’est votre droit et honnêtement, c’est votre job.

Ça va vous permettra d’explorer plus de techniques en entraînement (il y en a plein, des biens !), tout en ne vous perdant pas dans les salades qu’on essaie de vous vendre sur les média sociaux. Et bien sur, si vous avez un doute, vous pouvez toujours nous écrire pour avoir une deuxième opinion.

écrit par Nina Esmery, CTC, BSc

Mis à jour le 23 juin, 2024